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« […] je deviens optimiste et... oui, je suis convaincu que tout ira mieux lorsque tous donneront à bon escient ce qu'ils ont de plus cher : un peu de leur temps. » Oxmo Puccino.

 

Depuis 60 ans, le CISV permet à des enfants du monde entier d'apprendre à se connaître à travers le jeu, le rire et la réflexion. Depuis 60 ans, le CISV permet de construire une amitié authentique entre personnes de cultures et d'origines différentes, en leur permettant d'évoluer ensemble e d'apprendre à se connaître le temps d'un programme.

 

Depuis 60 ans, le CISV dans son ensemble s'adresse à des familles aisées. Historiquement et culturellement, l'accès aux activités de l'association demeure le fait d'enfants issus des catégories socio-professionnelles élevées.

 

Notre expérience nous a amené à réfléchir sur l'influence que nous avions sur ces enfants. Nous en avons rencontré certains dans nos camps, qu'ils aient 11 ou 14 ans, dont les capacités intellectuelles, les qualités humaines et le degré d'analyse sont brillants. Bien plus que la moyenne. Aussi nous sommes-nous interrogés sur le réel impact que nous avions en tant qu'éducateurs sur ces enfants ouverts, éveillés et pour beaucoup déjà sensibilisés à la culture internationale. Sans remettre en cause l'objet premier du CISV - qui reste pour nous le socle essentiel de notre engagement bénévole auprès de l'association - nous avons tenté de repenser les priorités éducatives qui nous permettraient de donner une nouvelle dimension à notre comité local, et pourquoi pas d'inspirer les autres.

 

Ainsi, nous avons pensé ouvrir ce que le CISV réussit de mieux depuis 60 ans d'existence, de remise en question et d'évolution, à de nouveaux publics. Nous avons offert la possibilité à des enfants issus de milieux sociaux défavorisés, n'ayant ni culturellement ni socialement accès aux programmes CISV, la possibilité de vivre cette aventure unique.

 

Le challenge est à la fois simple et compliqué. Simple en théorie, car mettre en œuvre les moyens humains et financiers pour permettre à des enfants ne partant pas en vacances de vivre une expérience CISV est déjà un projet en soi. Dans la lignée des grandes valeurs de tolérance, de respect et d'humanisme du CISV, une telle initiative ne peut à notre sens que se justifier. Compliqué en pratique, car fédérer les énergies autour d'une idée simple mais nouvelle n'est jamais aisé. C'est ainsi que nous avons dû expliquer, justifier, argumenter et présenter notre projet à chacune des étapes de sa mise en œuvre : comité local, bureau international, partenaires de la ville d'Eragny (bureau politique et service des solidarités), parents.

 

Bien que nous n'ayons pas atteint tous nos objectifs fixés, notamment en terme de préparation du camp, le projet dans son ensemble a été un succès. Nous avons rencontré quelques difficultés à fonctionner de la manière que nous connaissons et maîtrisons, mais avons finalement réussi à asseoir notre crédibilité auprès de notre partenaire et à former une délégation de quatre enfants pour représenter la France au village organisé par Paris à l'été 2011. Quatre enfants ayant pour dénominateurs communs la ville d'Eragny, et une situation familiale/sociale ne leur permettant pas de partir en vacances.

 

L'enjeu majeur consistait à préparer ces enfants comme une délégation traditionnelle, mais encore plus à adapter le contenu pédagogique d'un camp à leur profil. Ces enfants, potentiellement aussi intelligents que n'importe lequel des participants CISV, mais moins éveillés car moins exposés à la connaissance, ont vécu un mois magique. Un mois rempli de couleurs, de chants, de rire, d'émotions, de jeux, d'amitié et d'amour comme ils n'en avaient peut-être jamais vécus. Un mois loin de toute considération matérielle, tourné vers l'apprentissage de l'Autre, la découverte de soi et des autres, le rêve et le partage.

 

Cette délégation pas comme les autres, avec autant d'origines que de membres (Vietnam, France, Congo, Nigeria, Cap Vert), a vite été la mascotte du camp. Car s'il est une différence notoire entre ces enfants « des quartiers » et les enfants plus « standards » de nos délégations habituelles, c'est bien leur capacité d'adaptation élevée. Il s'agit d'enfants habitués à la mixité, habitués à la différence, et qui n'ont donc aucune appréhension à aller vers les autres quand bien même ils ne parlent pas la même langue qu'eux. Bien souvent, et sans vouloir stéréotyper, ces enfants se mettent plus naturellement en scène, dansent, chantent, s'invectivent sans trop se soucier du regard de l'autre. D'aucuns diraient qu'ils sont plus bruyants, plus violents, plus difficiles à gérer. Nous répondons qu'ils vivent selon d'autres codes, qu'il nous appartient d'identifier, afin de mieux leur communiquer et leur transmettre les valeurs auxquelles nous souhaitons qu'ils accèdent. C'est la connaissance de ces enfants, que nous avions initialement, ou que nous avons construit à leur contact, qui a rendu l'ensemble du projet cohérent et constructif pour eux comme pour nous. De la même façon que c'est en apprenant à connaître d'autres cultures que nous les acceptons et coopérons d'autant mieux – soit l'enjeu premier du CISV.

 

Ainsi, en donnant de notre temps, de notre énergie et de notre amour, nous pensons que nous avons permis à ces quatre enfants de vivre l'expérience de leur vie. Et ils nous l'ont bien rendu. En étant au cœur des activités et des débriefings, en amenant un supplément d'âme au groupe de participants, en faisant preuve d'empathie et de solidarité exemplaires dans des situations inattendues, en représentant cette France multi-ethnique et multi-culturelle qui nous est si chère.

 

Nous espérons que cette initiative, cette expérience ouvrira la voie à d'autres projets en lien avec l'ouverture de la philosophie du CISV à un plus large public. Nous croyons aux valeurs simples de solidarité, de tolérance et d'amitié universelle, et pensons qu'elles doivent être accessibles au plus grand nombre, sans discrimination d'aucun ordre. Le temps et la volonté doivent être des alliés inébranlables – mais l'apprend-on vraiment à tous les bénévoles que nous sommes ?

 

GP